Alors.
Pendant le premier quart d'heure, avec le générique de début qui n'en finit pas, des images qu'on dirait tout droit sorties d'un film d'amateur, tourné avec une cam' rudimentaire, une impression de brouhaha et de confusion colorée qu'on regarde à l'écran, on se demande pourquoi on a dépensé tous nos sous pour regarder ça. Et tout à coup ... vlan !!! Voilà qu'on se marre aux clichés troisième degré sur la vieille URSS, qu'on écoute de toutes ses oreilles, qu'on devient un romanichel parmi les autres. Attrapés ! On est attrapé. Et drôlement ! Et plus ça défile et plus ça avance, on est captivé, prisonnier des mots et de la musique. Jusqu'à la fin, où d'un coup on se met à chialer comme des madeleines et qu'on renifle dans son kleenex. Le concert, c'est des héros extravagants, picaresques. Alcoolos, indisciplinés, obsédés par le fric, mais bouffés par leur humanité. C'est aussi flamboyant qu'une journée au cirque ou bien dans l'enfer des âmes. Le héros aussi opiniâtre que meurtri est un conquérant planqué sous des aspects de looser. Il tire toute sa bande de génies d'l'a musique, aux looks de ratés, jusqu'au sommet du rêve accompli. L'héroïne, moitié nunuche, moitié pas vraiment finie, est le phoenix qui va faire renaître les cendres de vies passionnées malgré les brimades, les humiliations, la désespérance.

Lui c'est Aleksei Guskov, un qui fait son premier film produit, et qui en a 7 ou 8 autres en préparation. On croit qu'on le connait, mais non. C'est juste qu'il ressemble physiquement un peu à Horatio Caine (Les experts, Miami) ou à Tommy Lee Jones (Men in Black). Excellent dans son rôle d'albatros aux ailes brisées.

Elle c'est Mélanie Laurent, qui débute une carrière avec mais qu'on connait déjà un peu. Tout en ombres et lumière.
Le concert c'est le paradoxe de deux "civilisations" qui vont se confronter. L'une tiraillée entre modernité et nostalgie, l'autre bien propre sur elle. Deux cultures vont se croiser, se frotter et finalement fusionner pour rejoindre "l'ultime harmonie", le rêve absolu après lequel court chacun des personnages. C'est dans un face à face époustouflant entre la soliste et l'orchestre que la fin de la quête prend tout son sens : seul le collectif a su mener à l'unisson les dissonances individuelles et permis la compréhension ultime de l'autre. C'est que de la virtuosité partout : des musiciens (orchestre philarmonique de Budapest) brillants, une mise en scène d'un brio incroyable, qui mêle les images fortes (une scène de folie sous la neige de Sibérie, waouh !!!), la couleur, la fougue, l'émotion, le drame comme si ça coulait de source. Rien que du parfait. Même la fin, aussi inattendue qu'imprévisible, est une sorte d'apothéose.

Avec le concert, on voyage dans les méandres de l'âme et on en sort indemne. Faut l'faire. Bravo Monsieur Radu Mihaieanu.
_________________
Il est grand temps de rallumer les étoiles.
